jeudi 15 octobre 2009

Chronique 1

Parenthèse théâtrale

Soir de représentation de la pièce Quatre à Quatre, de Michel Garneau, à la Bordée. Le public? Majoritairement composé de jeunes, parsemé de quelques personnes plus âgées et de professeurs de français et littérature. Une cohue règne dans la salle. Les lumières s’éteignent. Soulagée, je me dis qu’enfin le public se taira. Illusions vite découragées. Aussitôt que les comédiennes s’installent sur la scène, les bruits ambiants dans la salle me font déjà tendre l’oreille. En avant de moi, la lumière vive du cellulaire d’une étudiante en train de composer un message texte me distrait de ce qui se passe sur scène. En biais, une autre joue avec ses feuilles avant de croquer à belles dents dans une pomme. Craquements de croustilles, vibrations de cellulaires, jacassements incessants et même, comble de l’impolitesse, bruit de gros french derrière moi!

C’en est trop!

Faut-il que les professeurs remplacent les parents dans l’apprentissage du comportement en société? Il semblerait que les professeurs qui envoient leurs élèves voir des pièces de théâtre devront désormais jouer aux autorités dans ce domaine aussi. Comme s’ils n’avaient pas assez de devoir jouer à la police anti-cellulaire, anti-bavardage et presque anti-étudiants, ils devront maintenant inculquer aux jeunes le respect des consignes de base au théâtre?

Ce rôle ne leur revient pas.

En sortant de la salle de spectacle, je bouillonnais. Les parents de ces étudiants ne les ont jamais sortis? Avec tous les efforts mis dans les spectacles pour enfants et dans leur promotion, ce n’est plus un public restreint d’intellectuels guindés et leurs rejetons prodiges que l’on vise, mais bien monsieur et madame tout-le-monde, au budget restreint ou pas. Le problème se situe là, à la racine. Si les parents n’ont jamais amenés leurs enfants en bas âge à des endroits où le silence et le respect sont de mise, comment ceux-ci peuvent-ils l’avoir appris? Ainsi, rendue au secondaire et même au Cégep, la progéniture si brillante montre une certaine inaptitude à se conduire en public. Oh bien sûr, je ne dénigre pas les capacités intellectuels de ces jeunes, je ne doute pas qu’ils iront loin… mais peut-être pas jusque dans une salle de théâtre.

Ainsi, on peut se demander comment se portera la culture de notre société plus tard.

Le public dans les salles de théâtre vieillit tranquillement, il a pris sa retraite, ses cheveux ont blanchi et il laisse désormais son dentier dans un verre avant d’aller dormir. Ce public ne sera plus là dans 30 ans, notre génération aura pris la relève. Bien sûr, quelques jeunes s’intéressent au théâtre pour le simple plaisir qu’il procure et non pas pour la dissertation qu’ils auront à rédiger, mais est-ce une majorité? J’en doute. Aurons-nous encore des émissions culturelles dans 30 ans? Est-ce que les jeunes ne sont pas en train de s’abrutir devant leurs télévisions à regarder des émissions de téléréalité à deux sous alors qu’ils pourraient cultiver leur imagination et découvrir les œuvres phares du théâtre d’ici et d’ailleurs?

Je m’inquiète.

En sortant du théâtre ce soir-là, j’avais un goût amère en tête ; celui d’une défaite prochaine. Je suis férue de théâtre depuis toujours et je crains sa disparition dans les prochaines décennies. Qu’aurons-nous pour s’évader de notre monde sans le théâtre? Qui pourra collisionner sur une scène les imaginaires tordus et beaux des gens de théâtre? Et qui, enfin, voudra bien dresser les voiles de ce bateau somptueux si personne ne veut plus monter à bord?

«Le théâtre, c’est la vie ; ses moments d’ennui en moins.» -Alfred Hitchcock-


(585 mots)

4 commentaires:

  1. Ahhh...j'aprouve totalement ma RoRO!! J'aime quand tu fais ta matante fâchée :-P !

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  2. J'adore ta chronique qui reflète tellement souvent ma façon de penser! Et malheureusement, ce que tu dénonces à propos de ces jeunes qui ne savent pas se tenir en public ne provient pas tant ou seulement du fait que leurs parents ne les aient pas sortis que parfois, c'est davantage que s'ils les ont sortis, ils ne se sont pas donné la peine de leur inculquer le savoir-vivre. Bienvenue dans le monde!

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  3. Bonjour Homonyme !
    Je trouve que tu as totalement raison dans tes propos, ça m'arrive tout le temps aussi et quoi de plus décourageant que quand tu prêtes attention à quelque chose, on dirait que tout le monde s'est placé autour de toi pour te déconcentrer. C'est pas drôle, la vie ! En espérant que les jeunes ( ceux avec 3-4 ans de moins ) vont grandir un jour parce qu'on dirait que c'est mal parti ! En passant, c'est presque sûr qu'en effet ce ne soit pas leurs parents qui les aient éduqués, trop occupés ailleurs ! Je croise les doigts que la prochaine fois tu tombes sur mieux !

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  4. j'espère que tu auras beaucoup d'enfants.

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